Quatre forums, deux mois, une réforme : notre regard sur la mobilisation territoriale pour déployer une réforme complexe – les « Docteurs junior en médecine générale »

29 juin 2026 · 2 minutes de lecture

Des nouveaux terrains de stage à créer, des appariements en théorie impossibles, des médecins libéraux sollicités en urgence, des institutions aux agendas rarement synchronisés — et un calendrier imposé par la réforme du troisième cycle de médecine générale qui n’attendait personne. C’est dans ce contexte que l’URPS Médecins Libéraux Grand Est a choisi de ne pas subir la réforme, mais d’en faire un levier.

En deux mois, quatre forums territoriaux ont été organisés à travers la région. L’objectif : mobiliser suffisamment de maîtres de stage universitaires pour que les internes en médecine générale puissent effectuer leur stage en ambulatoire — condition sine qua non de la réforme dite « 4ème année d’internat de médecine générale » – plus de 250 terrains de stage à sécuriser, une couverture territoriale à assurer à 100%. Des dizaines d’acteurs impliqués : Départements de médecine générale, représentants des internes, ARS (échelons régionaux et territoriaux), Collectivités territoriales, acteurs pouvant proposer des terrains pour la 4ème journée, ou encore des logements…. Le résultat n’était pas garanti. Il ne l’est jamais quand on réunit dans une même salle des acteurs dont les priorités quotidiennes divergent.

Ce qui a permis que ça marche

La première condition n’était pas technique. Elle était relationnelle : que chaque participant comprenne précisément ce qu’on lui demandait — et ce qu’on ne lui demandait pas. Les médecins libéraux présents n’étaient pas là pour valider une décision prise sans eux. Ils étaient là parce qu’on leur avait reconnu une compétence réelle à contribuer à la formation des futurs généralistes, et qu’on leur avait proposé un rôle à la hauteur de cette compétence.

C’est un point que l’on sous-estime systématiquement dans les démarches de mobilisation : ce qui ressemble à de l’hésitation est rarement un refus de contribuer. C’est le plus souvent le signal que la marge de manœuvre n’est pas suffisamment claire. Dès qu’elle l’est — dès que l’acteur sait ce qu’il peut décider, ce qu’il peut expérimenter, ce qu’on ne lui demandera pas de porter seul — l’énergie change de nature.

La deuxième condition était institutionnelle. L’URPS, l’ARS, les facultés de médecine, les CPTS : chacun avait un rôle défini, connu des autres, et respecté dans sa spécificité. Les transversalités ne se sont pas produites malgré les différences de positionnement — elles se sont produites parce que ces différences avaient été nommées et assumées.

Ce qu’on retient pour la suite

Trois enseignements directement transposables à d’autres démarches territoriales.

D’abord, la confiance au terrain n’est pas un principe — c’est une méthode. Elle suppose de construire des espaces où les professionnels peuvent exprimer leurs contraintes réelles sans que cela soit interprété comme un désengagement.

Ensuite, le temps court de l’action et le temps long de la réforme ne sont pas incompatibles — mais ils demandent une agilité organisationnelle que ni les institutions ni les professionnels ne peuvent déployer seuls. Le rôle du facilitateur est précisément d’articuler ces deux temporalités sans sacrifier l’une à l’autre.

Enfin, capitaliser n’est pas accessoire. Quatre démarches territoriales ont produit des résultats, des apprentissages, des dynamiques locales — qui méritent d’être documentés et outillés pour que d’autres territoires puissent s’en saisir. C’est le chantier du prochain trimestre pour ADJ Partenaire sur cette mission.

Ce que la DJMéd a démontré en Grand Est, c’est qu’un projet qui semble irréaliste au départ peut aboutir — à condition que chaque acteur y trouve sa place, et qu’on lui fasse confiance pour l’occuper.


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